(Février 379) Clarkias d’Avhor vs Roseau Céleste de Laure

En ce 41e jour du printemps, l’enthousiasme était omniprésent sur l’Allée royale devant le Célestaire d’Yr. Depuis quelques jours, les deux délégations représentant les équipes de Calcio devant s’affronter préparaient leurs équipements et stratégies : les Clarkias d’Avhor, et le Roseau Céleste de Laure. Plusieurs dizaines de bruyants supporteurs avaient fait le voyage avec leur équipe de part et d’autre. Cela pouvait sembler surprenant, en période de disette, de s’aventurer sur les routes pour aller voir une partie de Calcio, mais ceux qui vivaient au rythme des saisons du petit jeu le voyaient autrement.

Chantelline d’Épouille, qui couvrait l’événement pour la Sentinelle d’Yr, recueillait les impressions des zélotes du sport :

« Tu n’as pas idée à quel point ça nous fait du bien. La vie a été dure cette saison-ci. », avait dit un partisan de Caliamo.

« Moi je m’identifie à ces joueurs-là! Ce sont mes champions, c’est comme une deuxième famille. », avait déclaré une dame qui était justement venue avec toute sa famille. Celle-ci avait poursuivi : « Je désirais ardemment être là pour leur première partie dans la cité d’Yr. Je sais que les deux équipes ont un penchant patricien, mais Laure c’est particulier. Je suis Lauroise et je veux être là pour les supporter quoi qu’il arrive. »

L’ambiance était festive. Il faisait encore frisquet, alors les organisateurs avaient eu l’idée de distribuer du vin chaud. En termes de chaleur -surtout celle qui réchauffe les âmes- on ne faisait pas mieux. Les équipes étaient encore dans leurs loges, à l’abri du public, et une étrange solidarité s’était installée au sein de la foule. Tous ensemble, ils chantaient un hymne célésien célébrant le courage de Galvin le Fier. Par les fenêtres du Célestaire, des religieux étaient venus observer ce moment de communion non-partisane. Certes, il n’allait pas durer longtemps, mais il fallait bien le saisir le temps qu’il passait.

Vers midi, des acclamations retentirent alors que les joueurs du Roseau Céleste entraient dans l’arène. Leurs pantalons étaient des plus flamboyants, dans le style bouffant avec une multitude de crevés laissant jaillir des mètres de tissus multicolores. Ce style était d’ailleurs imité par leurs partisans fanatiques, c’est-à-dire, à en voir le nombre, tous les Laurois présents dans la cité. Ceux-ci furent suivis des Clarkia avhorois, pour leur part vêtus de pantalons rouge vin.

L’échauffement commençait, et tandis que les Clarkia se dégourdissaient simplement les membres, les Roseaux sortaient leurs bannières et se les lançaient dans les airs de manière si noble qu’on aurait cru à une démonstration patriotique longuement répétée.

« C’est ça leurs échauffements?!, s’exclama Guylain de Oust, dans la tribune des observateurs de la Sentinelle d’Yr.

– Attendez, vous n’avez rien vu mon cher. Déjà chez eux, ils sont quelque chose, mais là c’est devant Yr qu’ils performent. Ils vont y mettre le paquet, lui répondit Chantelline d’Épouille, venue le rejoindre. »

Un fois l’échauffement terminé, les joueurs formèrent deux lignes, une pour chaque équipe. Habituellement, ces lignes étaient au centre du terrain. Cette fois-ci, les joueurs avaient reçu une directive particulière : ils devaient se placer près de leurs cages respectives, aux extrémités du terrain, et attendre quelque chose. Quelques instants plus tard, au moment où entrait normalement le ballon dans les mains de l’arbitre en chef, c’était plutôt un autre type d’acteur qui faisait son entrée sur le terrain.

De part et d’autre du terrain, quatre individus firent leur apparition. Par l’entrée est, c’est Gaudérique de Sauvergne accompagnée d’un page qui se présenta. Habituée aux couleurs extravagantes et aux habits amples des Sauvergne, la matriarche patricienne avait opté en ce jour critique pour des pantalons ajustés et un léger plastron de fer n’encombrant guère ses mouvements. Son épaisse chevelure grise avait été tressée afin de ne laisser aucune prise à un éventuel adversaire et son traditionnel large chapeau à plumes avait été remis à son page. Par l’entrée ouest, ce furent Adrien Desbouleaux et Opportune Balthazar qui apparurent. Dame Balthazar, vêtue d’une traditionnelle et sobre robe du sud du royaume, affichait un air impassible à la foule qui la dévisageait. Adrien, quant à lui, portait une armure de cuir renforcée de quelques plaques de fer rouillées prouvant qu’elle n’en était pas à ses premières épreuves.

Lorsque les deux paires se firent face, un silence s’abattit sur la foule confuse. Après quelques secondes, Alfiero Firenze s’avança afin d’éclairer les lanternes des curieux. Déroulant un parchemin, il entreprit sa lecture et proclama :

« Dame Gaudérique de Sauvergne ici présente provoque en duel dame Opportune Balthazar. Dame de Sauvergne estime avoir été victime de la part de dame Balthazar, lors de son envolée verbale devant les portes de Gué-du-Roi le 54e jour de l’hiver 379, d’une grave insulte. À cette occasion, dame Balthazar a remis en doute la volonté de la cité franche d’offrir justice à la Très Divine Reine Adrianna. Selon dame de Sauvergne, cette affirmation compromet la paix royale et l’intégrité du royaume. Dame Balthazar a répondu par l’affirmative à la provocation en duel. Ce duel sera au premier sang et non à mort. Les armes sont au choix des combattants et les poings et pieds sont permis. Les poisons et autres tactiques de l’Enchaîné sont interdites.

En cas de victoire de Gaudérique de Sauvergne, Opportune Balthazar s’engage à offrir publiquement des excuses à la maison de Sauvergne et par extension à la faction Patricienne de l’Assemblée d’Yr, pour avoir émis des doutes quant à l’honneur des protagonistes et à leur volonté d’offrir justice à la Très Noble Reine Adrianna.

En cas de victoire d’Adrien Desbouleaux, champion choisi par Opportune Balthazar, Gaudérique de Sauvergne offrira à Opportune Balthazar ses excuses pour lui avoir refusé l’accès à la Franche-Cité de Gué-du-Roi. Dame Balthazar aura alors accès aux rapports d’interrogation de l’accusée Sarah Souard et sera autorisée à être présente lors de futurs interrogatoires. La maison Balthazar sera également exemptée de devoir répondre à toute provocation en duel de la part d’un membre de la maison de Sauvergne pour une durée de cinq années débutant le jour de l’affrontement.

Mesdames, êtes-vous en accord avec ces conditions? »

Gaudérique comme Opportune exprimèrent fermement leur approbation, puis scellèrent le tout par une poignée de main devant la foule. Par la suite, Gaudérique comme Adrien enfilèrent une bourguignote sans visière afin de ne pas entraver leur vue, puis se firent remettre leurs armes. Si dame de Sauvergne opta pour un impressionnant espadon -épée maniée à deux mains dont la lame atteignait le mètre et demi de long, Desbouleaux choisit un sabre et une main gauche.

Quelques instants plus tard, après les prières cérémonielles, Alfiero sonna le début de l’affrontement par sa puissante voix. À la grande déception des spectateurs qui s’attendaient à une charge digne des récits chevaleresques, les combattants s’approchèrent l’un de l’autre prudemment. L’allonge que procurait l’espadon de Gaudérique suffisait à persuader Desbouleaux de garder ses distances. Certes, le combat ne visait pas la mort de l’un des concurrents, mais un seul coup bien placé et peu retenu de cette géante lame de fer risquait de le trancher en deux. Pour sa part, dame de Sauvergne savait qu’elle ne devait en aucun cas laisser son adversaire pénétrer le mètre et demi de sécurité que lui offrait son arme. Pendant près d’une minute, les combattants se jugèrent l’un l’autre, procédant à des déplacements latéraux et à des jeux de pieds chassés afin d’évaluer les potentielles ouvertures dans la défense adverse. La pointe de l’espadon à quelques centimètres du visage, Adrien reculait et avançait en maintenant le dos légèrement recourbé, tel un félin s’apprêtant à bondir. Décidément, les deux duellistes avaient assisté -ou mené- d’autres duels du genre.

C’est finalement Gaudérique qui se lança à l’assaut la première. Vivement, elle se projeta vers l’avant afin de transpercer son ennemi. De justesse, ce dernier recula d’un pas et faillit perdre l’équilibre. La Lauroise saisit l’opportunité qui s’offrait à elle afin de forcer l’homme à battre en retraite. À quelques reprises, le sabre et la main gauche, combinés à de vifs mouvements de recul, dévièrent les tentatives d’empalement de la femme. Toutefois, à chacun de ses pas, Adrien sentait qu’il perdait du terrain et, donc, la possibilité de riposter. Lorsqu’il sentit se plaquer contre son dos les planches de l’arène de Calcio, il sut qu’il devait contre-attaquer. D’un demi-mouvement circulaire du haut vers le bas, dame de Sauvergne entreprit alors d’en finir. Instinctivement, Adrien s’accroupit tandis que la lame effilée percutait verticalement la bande de l’arène tout juste au-dessus de sa tête.

Gaudérique ramena vivement son espadon à elle et reprit son entreprise d’empalement. Adrien, déjà accroupi, fit une roulade vers la droite afin d’échapper à la pointe de l’arme. Toutefois, dans ce mouvement imprévu et douloureux sur le sol pavé de l’Allée royale, il perdit l’emprise sur son sabre et l’abandonna derrière. Avant qu’il ne puisse réagir, il était forcé d’effectuer une seconde roulade qui, cette fois, malmena sévèrement son épaule droite. Pris au piège et en proie à une douleur aigüe, il joua le tout pour le tout. Tandis que Gaudérique s’approchait afin de répéter son mouvement circulaire, il tâta le sol à ses côtés et s’empara d’une poignée de neige boueuse tardant à fondre. D’un geste peu calculé accompagné d’un déchirement d’un ligament dans son épaule, il lança les immondices au visage de la dame. Prise par surprise par une telle attaque sournoise, Gaudérique perdit pied un instant. Cela suffit à Adrien pour bondir vers l’avant en repoussant du revers de sa main droite le plat de la lame de l’espadon, puis pour entailler brutalement le mollet de son adversaire à l’aide de sa main gauche acérée. Dans un cri de douleur, Gaudérique posa immédiatement un genou à terre tandis qu’Alfiero Firenzo hurlait à tout rompre la fin du combat.

Rapidement, les arbitres neutres du Calcio évaluèrent la situation. Par une chance inouïe, Adrien ne s’était pas blessé à la main lorsqu’il avait repoussé la lame de l’espadon. Était-ce l’instinct du guerrier ou la chance du survivant? Qu’importe. La blessure franche au mollet de dame de Sauvergne, elle, confirmait la victoire du champion d’Opportune Balthazar. La mince satisfaction que Gaudérique eut fut de voir son adversaire, après le combat, écroulé sur le sol en s’empoignant l’épaule en souffrant. Il ne saignait peut-être pas, mais il se rappellerait ce duel…D’ici à la prochaine réception royale, elle aurait l’occasion de se demander si un tas de boue projeté au visage constituait une tactique de combat valable en duel.

Après ce moment solennel haut en émotions, les arbitres de touche firent signe aux lignes des joueurs de se rapprocher de leurs positions habituelles au centre du terrain. Pendant que l’arbitre en chef discourait avec le ballon dans les mains et qu’Alfiero Firenze, en tant que représentant religieux, venait donner sa bénédiction aux joueurs, ceux-ci avaient commencé à se fixer dans le blanc des yeux avec une hostilité sans pareil. Ils avaient tous un peu faim, car l’appétit manque souvent juste avant une partie. Ils avaient tous un peu soif, mais peut-être était-ce d’honneur et de gloire. Ils avaient tous un peu peur, car qui ne ressent pas la peur n’est pas humain.

Après une éternité, les arbitres de touche prirent place et leur chef lança le ballon haut vers le ciel. Une note de flute se fit entendre et la ligne des centres de terrain des Clarkias recula brusquement dans leur territoire. Ils venaient de laisser la mise en jeu au Roseau.

« Sorcellerie! Qu’est-ce que vous foutez, bâtards d’Avhorois?!, protesta la capitaine lauroise.

Pendant qu’elle vociférait, ses joueurs d’attaque s’avançaient imprudemment en territoire ennemi à la poursuite des déserteurs. Ils furent rapidement entourés, engagés et pris en vire-crêpe par les défenseurs particulièrement costauds des Clarkias.

« Chez nous on appelle ça de la stratégie! Mais pour des Laurois ça peut paraître un peu sorcier, hein?. répondit le capitaine d’Avhor.

– Retourne jouer de la flûte avant que je te la plante dans ton… »

La rebuffade de la capitaine lauroise se perdit dans les applaudissements de la foule. Dans les estrades, Guylain de Oust ne pouvait s’empêcher d’applaudir devant la stratégie de contre-attaque des Clarkias : « Quelle magnifique tactique de Caliamana à l’échelle de vingt-sept joueurs, fonctionnant en parfaite harmonie! ».

Mus par l’esprit de la vengeance, les défenseurs laurois s’avancèrent sur les bords du territoire avhorois. Particulièrement costauds eux aussi, ils se mirent à faire du ravage dans la ligne des innanzi adverses. Ils étaient d’une telle efficacité que tous les supporteurs du Roseau rugirent de satisfaction, déconcentrant passablement les défenseurs des Clarkia, ce qui permit à une téméraire joueuse lauroise d’approcher suffisamment de la cage des buts pour tenter un lancer, ce qu’elle réussit avec brio. CACCIA!

Les supporters laurois montèrent debout sur leurs bancs et portèrent leur niveau sonore à une force insoupçonnée. Le porte-bannière d’Avhor se boucha les oreilles : « Mais quelle bande de quiches flambées! Ils vont s’évanouir en masse avant la fin de la partie! »

Et parlant d’évanouissement, un émoi parvint de la loge du Roseau, après que Roséane Cotnoir, bien visible avec ses pantalons bouffants au 50 nuances de rose, se soit évanouie. Tout semblait indiquer que le niveau sonore avait eu raison d’elle, mais les fins observateurs remarquèrent un centre de terrain particulièrement joli qui lui avait fait un clin d’oeil. Malheureusement, celui-ci avait l’arcade sourcilière fendue et la demoiselle avait préféré voir des étoiles plutôt que du sang.

Pendant ce temps, la ligne Clarkia s’était promptement reformée avec tous les joueurs en position, ce qui était plutôt rare au Calcio. Le chaos s’installait souvent très rapidement au fil des escarmouches entre joueurs. Un joueur avhorois récupéra le ballon en mise au jeu et fit une passe rapide et inattendue à l’un de ses compatriotes qui fit une remontée rapide pour se faufiler de justesse jusqu’au filet. Les supporteurs de Caliamo entrèrent en liesse pour célébrer ce premier but de leur équipe.

« Ils ont une discipline remarquable sur le terrain!, analysa Chantelline d’Épouille.

– L’équipe est composée principalement de soldats en permission des régiments de Milles-Ronces. Ils sont tous entraînés de la même façon, dans l’arène comme en dehors, remarqua Guylain de Oust.

– L’équipe du Roseau est aussi composée de militaires. Leur capitaine en particulier, est une stratège redoutable sur un champs de bataille. Elle a souvent mené ses troupes à la victoire dans des situations qui semblaient vraiment désespérées. Mais le petit jeu a des particularités qui diffèrent d’une vraie guerre et l’équipe de Fort d’Ambroise a moins d’expérience que celle de Caliamo. »

L’un des centres de terrain du Roseau venait de faire une échappée. Les gardiens de but des Clarkias semblaient hésiter à l’intercepter. Il en profita pour marquer un autre but. Encore une fois, la foule bariolée des supporteurs laurois bondit et hurla son approbation démesurée.

« Je… je ne sais pas ce qui s’est passé… j’ai figé, dit un gardien à l’une de ses coéquipières.

– Je te le dis, je mettrais le feu à leurs maudits pantalons. Juste de les regarder courir, j’ai mal à la tête, répliqua l’autre.

Le Roseau Céleste menait maintenant deux à un. Après une rapide mise au jeu, leurs centres de terrain s’approprièrent le ballon et adoptèrent une nouvelle tactique. Les défenseurs rejoignirent leurs collègues attaquants pour « faire le ménage » sur la ligne de front de l’adversaire pendant que leurs centres de terrain se lançaient le ballon en alternance, de manière à déconcentrer les Clarkias.

« C’est risqué comme tactique » remarqua le porte-bannière avhorois.

Son capitaine sonna de sa flûte trois coups longs et un coup sec. Ses défenseurs s’approchèrent à leur tour du centre pour épauler les attaquants. C’était de justesse, car les attaquants de Clarkia ne faisaient, littéralement, pas le poids devant la défense lauroise.

« Ils veulent nous faire perdre du temps. Nous allons leur faire perdre des dents » rétorqua le capitaine avhorois.

C’était de peine et de misère que la défense Clarkia tenait le coup. Alors qu’elle s’occupait de sa sale besogne, le terrain arrière des deux équipes était grand ouvert. Une jeune attaquante du Clarkia, profitant de l’inattention de son immense opposant engagé, le contourna à toute vitesse pour remonter comme un éclair vers l’un des centres de terrain du Roseau qui commençait à s’engourdir dans l’attente avec le ballon dans les mains. Elle lui arracha impunément la balle et la lança dans la cage. CACCIA!

Deux gardiens de but se jetèrent simultanément sur elle, suivis par le centre de terrain floué. Cela commençait à sentir la bataille générale lorsque les arbitres intervinrent pour séparer tout ce beau monde sans pourtant donner de punition pour attaque à trois contre un. Un arbitre de touche se plaignit à son supérieur : « Pour être honnête, je ne sais même plus combien ils étaient. Il y avait trop de tissu! Je n’étais même plus certaine qu’il y avait une Avhoroise là-dessous. Peut-être était-ce juste le ballon? On ne voyait rien! »

La foule des supporteurs avhorois hurlait de colère à plein poumons. On avait aplati leur championne la tête dans le sable sans aucune rétribution. Les soigneurs Clarkia arrivèrent à la course pour emporter l’audacieuse blessée en civière.

« Ils viennent quand même de marquer un but, remarqua Chantelline d’Épouille.

– Ce sera extrêmement serré comme partie, je le crains!, rétorqua messire de Oust. »

Comme de fait, les minutes qui suivirent furent alternées entre un but pour Avhor suivi d’un but pour Laure et encore une fois la même chose alors que la vive ligne obstinée des attaquants de Clarkia se heurtait aux falaises des défenseurs du Roseau et de ses redoutables centres de terrain, maîtres en interception et en perte de temps calculée.

Il ne restait que huit minutes de jeu.

Les bannières lauroises du début s’étaient retrouvées dans la foule et une vingtaine de supporteurs étaient grimpés sur tout ce qui se pouvait afin de faire valoir le blason Sauvergne et le Roseau Céleste. Les attaquants et les gardiens de but Clarkia avait mené un travail de maître devant l’énergie incroyable déployée par leur adversaire et par la foule de ses fanatiques. Tout le monde était visiblement épuisé. L’ensemble des joueurs -ceux encore en état de tenir debout- avaient les yeux bouffis, mais les poings encore serrés. Les arbitres, qu’on aurait dit terrorisés par les Laurois, avaient quelques plumes de moins à leurs chapeaux. En raison du pointage si serré, les blessés des deux équipes refusaient de sortir du terrain, préférant rester à genoux dans le sable de leur orgueil. Peut-être espéraient-ils de leur corps meurtris, dans un ultime effort d’inertie, faire trébucher un adversaire porteur du ballon.

Le ballon était de nouveau entre les mains d’un attaquant avhorois, qui prit un départ rapide et essaya de contourner la défense lauroise en zigzagant entre les mains tendues pour l’attraper. Alors qu’il était près de la cage et qu’il aurait peut-être dû lancer, ses jambes lui faillirent et il s’accrocha sur un joueur alors que la balle lui échappait des mains pour aller frapper la clôture latérale en territoire laurois. Le ballon fut immédiatement ramassé par un arbitre et remis au porte-bannière du Roseau. Celui-ci fit mine de le lancer vers un attaquant tout près de lui, mais opta finalement pour une centre de terrain beaucoup plus loin mais parfaitement aux aguets. Avec dextérité, celle-ci l’attrapa et fit quelques mètres avant de le passer prestement à un compatriote avant de courir à ses devants de manière à engager rapidement tout joueur ennemi sur leur route. Ce joueur fut un gardien de but bien amoché, mais se tenant fièrement devant elle. Elle leva ses poings en défense mais ne put contrer le solide coup de poing qu’il lui décocha sur la mâchoire. Elle trébucha, fit une roulade et sentie un autre joueur se prendre les pieds dans la masse de son corps en mouvement. Elle se releva juste à temps pour voir son collègue lancer le ballon dans la cage. CACCIA!

La centre de terrain mit ses mains sur sa tête. Dans ses cheveux savamment tressés, noir avec quelques brins gris, du sable, de la sueur et du sang.

Le cor annonça la fin de la partie.

Le Roseau Céleste des Sauvergne l’emportait de justesse cinq à quatre contre les Clarkia des Mandevilla. Ce soir-là, le Bataillon sacré dut intervenir afin de maîtriser l’enthousiasme teinté d’ivresse des partisans sur l’Allée royale. Les Laurois avaient peut-être faim et divisés politiquement, mais ils avaient gagné leur match.

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